Bernard Friot

(ENGL) Author, Bernard Friot, will for ever be deeply rooted in our daughter’s childhood and,on the same occasion, our parenthood. He has written hilarious picture books tale. We love his poems and “histoires pressées”.

(FR) Bernard Friot sera pour toujours enraciné dans leur enfance et notre ‘parentalité’. On adore ses poèmes et ses ‘histoires pressées’!

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Allez, une pour la route /come on, one story for the road!

POLI

” Moi, je suis poli. Mais ce n’est pas ma faute. Je suis trop timide. Alors, quand une grande personne me parle, je sais tout juste dire : « Bonjour, madame. Merci beaucoup. S’il vous plaît. Oui, monsieur … L’autre jour , maman m’a dit : « va porter ce pot de confiture à Mme Dulong-Debreuil. Mais dépêche-toi et , surtout, si elle t’invite à rentrer, dis-lui que tu n’as pas le temps. » Je suis donc allé chez Mme Dulong-Debreuil. Elle habite une vieille maison entourée d’un jardin à l’abandon, une vraie jungle. J’ai réussi tant bien que mal à me frayer un chemin et j’a frappé à la porte. -Oh bonjour, mon trésor, a dit Mme Dulong-Debreuil en m’ouvrant la porte. Comme c’est gentil de rendre visite à une vieille dame esseulée ! -Bonjour, madame, ai-je répondu poliment. Maman vous envoie… -Mais entre donc, mon trésor, m’a interrompu Mme Delong-Debreuil. Ne reste pas planté là, tu vas prendre froid. Je n’ai pas osé dire non, évidemment, et j’ai suivi Mme Delong-Debreuil dans son salon. D’un geste de la main, elle m’a désigné un vieux fauteuil défoncé. Poliment, je me suis assis. Catastrophe ! J’ai cru que je disparaissais dans une cuvette de W-C ! J’ai réussi in extremis à me rattraper aux accoudoirs. -Tu es bien installé, mon trésor ? M’a demandé Mme Delong-Debreuil de sa voix de crécelle. -Oui, madame, ai-je répondu poliment. Ensuite, j’ai senti une chose répugnante le long de ma jambe. -Ca ne te gêne pas ; mon trésor, si Pouffi s’installe sur tes genoux ? m’a demandé Mme Delong-Debreuil. -Non, madame, ai-je répondu poliment. Et Pouffi, après avoir escaladé ma jambe droite, s’est installé confortablement sur mes genoux. Il s’est même amusé à me chatouiller le nez avec sa langue fourchue. En plus, on ne s’imagine pas, mais un boa constrictor, ça pèse rudement lourd. Mme Delong-Debreuil m’a laissé deux minutes tout seul avec Pouffi, puis elle est revenue avec un verre à la main -Tiens, mon trésor, a-t-elle dit, je t’ai préparé un verre de jus de pomme. Effectivement ça ressemblait à du jus de pomme, mais ça n’avait pas la même odeur. Et quand j’ai commença à boire, je me suis aperçu que c’était du whisky. Mais bien sûr, je n’ai rien osé dire et j’ai vidé mon verre en faisant d’atroces grimaces, tellement ça me brûlait l’estomac. Ensuite, je me suis senti tout bizarre.. Et quand Mme Dulong-Debreuil m’a tendu la boîte à cigares, j’ai donné un coup de pied dedans, j’ai lancé son Pouffi par la fenêtre et j’ai dit à cette vieille sorcière : -Madame Delong-Debreuil, vous êtes une ….. Mais non, je ne peux pas le répéter. Je n’ose pas…. Je suis trop poli !”

 

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Une année à passer en poésie – Pour découvrir des langages multiples, de nombreux textes, pour entrer dans un rythme, une musique, un espace, pour expérimenter aussi : essayer, oser, manipuler, inventer, imiter, rafistoler…pour aider le “(presque) poète” à affirmer sa voix.

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(FR) Pas de scrupules à faire encore un peu de  publicité !

(ENGL) I am happily advertising B. Friot’s book 🙂